CUISINE ET PATISSERIE SUR LE CAMPUS DE SAINT-GRATIEN : UN ACCORD AU FEMININ

    Date de publication - 01/06/2018
    Céline GOUBEY, formatrice en pâtisserie et Noémie GDANSKI, formatrice en cuisine
    Céline GOUBEY, formatrice en pâtisserie et Noémie GDANSKI, formatrice en cuisine

    A l’heure où l’on parle d’une sous-représentation féminine dans certains corps de métiers et particulièrement dans l’univers de la gastronomie, FERRANDI Paris – Campus de Saint-Gratien, sans parler de parité, peut se prévaloir d’un bon pourcentage de présence féminine dans l’équipe pédagogique d’enseignement professionnel. Noémie GDANSKI, formatrice en cuisine et Céline GOUBEY, formatrice en pâtisserie ont bien voulu nous faire partager leur expérience.

    Elles font leurs classes

    Son regard vif et déterminé ne trompe pas. Ce qu’elle voulait faire plus tard ? Noémie l’a su dès l’âge de 15 ans, quand elle décide d’intégrer une école de cuisine à Château-Chinon (58). En internat, sans l’appui de sa famille, la première année de CAP se passe mal, se retrouvant dans une classe de 26 élèves qui ne compte que deux filles, elle comprise. Mais c’est en deuxième année,  lors de son stage dans un restaurant étoilé de Beaune(21), qu’elle commence à comprendre qu’il ne sera pas facile d’évoluer dans ce milieu très masculin : « Le Chef m’appelait tout le temps « Fifille », une façon de dire qu’il ne prenait pas au sérieux mon désir d’apprendre le métier et que s’il voulait bien me montrer quelques techniques, c’était juste pour me faire plaisir ». Mais la « fifille » ne se décourage pas : sûre de sa vocation, elle poursuit ses études en BAC PROFESSIONNEL Cuisine, où, là, elle acquiert un peu d’assurance, tout en devant composer, une fois encore, avec un groupe à forte dominante masculine. La présence féminine, une exception dans nos formations ? Céline, visage souriant, regard rieur, un brin malicieux, le confirme : « j’ai fait un BEP CUISINE et un CAP PATISSIER CONNEXE à FERRANDI Paris », nous rapporte-t-elle, « c’est vrai que dans la classe, nous n’étions que 2 filles sur 15, les cours se passaient bien, mais on se dit que les problèmes vont peut-être commencer après ! ». Effectivement, si à l’école tout se passe bien, il n’en est pas de même dans le palace parisien où Céline effectue son stage estival de deux mois : « quand on a 15 ans et que l’on se retrouve seule au milieu d’une brigade, uniquement constituée d’hommes, ce n’est pas évident », se remémore-t-elle, « c’était dur, militaire, je rentrais une fois sur deux chez moi en pleurant ! »

    Oui Cheffes !

    Durs débuts pour nos deux formatrices, qui vont se prolonger quelques années encore, lors de l’entrée effective dans le monde professionnel. Après avoir fait des saisons pendant 5 ans, Noémie part à Saint-Martin (97), en tant que demi-chef de partie : « cantonnée aux légumes, j’étais dans une brigade exclusivement masculine et on ne m’adressait pas la parole de la journée… ». Puis, retour en métropole, sous des jours enfin meilleurs : « j’ai obtenu un poste à responsabilité à l’Hôtel Nîmes Imperator (30) », poursuit Noémie, « et là, tout a changé : le Chef, Pascal CHALAMET, ne demandait qu’à m’apprendre, il me confiait des tâches variées, m’emmenait avec lui tous les matins à METRO, il m’a appris à connaître et à travailler le produit ». Un déclic qui a encouragé notre jeune cheffe à reprendre ses études, dans une école hôtelière d’Avignon (84) et à décrocher un BTS HR Option B. Et Céline ? Nous l’avions laissée un peu meurtrie par sa première expérience professionnelle, mais, fort heureusement, pour elle aussi le ciel va s’éclaircir et même si la dominante masculine est toujours de rigueur dans les laboratoires de pâtisserie, elle parviendra tout de même à gravir les échelons dans divers palaces parisiens et à se voir confier des postes à responsabilité : « Au Meurice, l’arrivée d’un nouveau Chef m’a donné l’opportunité de gérer seule le poste pâtisserie et d’acquérir des compétences en matière de gestion et d’organisation », explique-t-elle. Puis, envol vers le Japon, à Yokohama, où Céline exercera, pendant un an et demi, le métier d’enseignante dans une école hôtelière. Là encore, les a priori masculins dans la profession se font sentir, mais l’expérience est intéressante et c’est avec regret qu’elle quittera le pays du Soleil Levant, pour revenir en France, où elle évoluera à travers de multiples expériences dans les palaces parisiens et deviendra, avec Claire DAMON, 2e sous-chef dans l’équipe de Christophe MICHALAK, ce qui mettra fin aux difficultés rencontrées liées aux préjugés sexistes de la profession. 

    Les fruits de la passion

    Des déboires, donc, mais aussi une volonté très forte, chez nos deux jeunes femmes combattives, de relever le défi, de s’enrichir au fil des expériences et surtout de vivre sa passion. Car, c’est bien de cela qu’il s’agit, lorsque toutes deux décident de s’orienter vers l’enseignement. Pour Noémie, ce sera le CFEA de Villepinte (93) qui l’accueillera et où elle restera 7 ans et demi : « J’en garde un très bon souvenir : je n’ai eu aucun mal à m’intégrer et l’équipe de formateurs m’a tout appris », nous dit-elle, « on était dans l’entraide ». C’est également ce qu’elle a ressenti lorsqu’elle est arrivée à FERRANDI Paris, sur le campus de Saint-Gratien, où la reconnaissance de son professionnalisme lui a même valu d’être nommée, au bout d’un an, Responsable des plateaux techniques cuisine : « Je ne rencontre aucun souci de cet ordre-là », affirme-t-elle, « mes collègues sont suffisamment ouverts d’esprit pour ne pas me tenir rigueur du fait que cette responsabilité nouvelle incombe à la seule femme de l’équipe ». Céline partage cet avis : tentée par l’enseignement auquel elle avait déjà goûté, elle n’a jamais eu l’impression qu’elle devait faire ses preuves pour être considérée l’égale de ses collègues : « le contact a été bon tout de suite », affirme-t-elle, « aussi bien avec les formateurs, qu’avec les apprentis ».
    Des parcours différents, donc, mais un dénominateur commun : l’envie de transmettre son savoir-faire et sa passion à de jeunes futur.e.s chef.fe.s…